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Christian DEGLIM, Directeur de l'ECOLE COMMUNALE DE L'ENVOL à FAULX-LES TOMBES a été invité par Marie ARENA, Ministre-Présidente chargée de l'Enseignement obligatoire et de Promotion sociale en Communauté Française à débattre du projet de Contrat stratégique pour l'Education lors de la soirée du jeudi 24 février à Marche-en-Famenne en compagnie de Reine-Marie Braeken - Secrétaire générale du CECP, Marc Payen - CSC enseignement et Odette Zintz - Directrice du CPMS d'Arlon.
Cette soirée portait sur l'ensemble du projet de Contrat ; elle mettait un accent particulier sur l'école en milieu rural. Devant une salle comble (environ 600 personnes), Christian DEGLIM a axé son intervention sur la stratégie de renforcement de la qualité et le recentrage de l'enseignement sur les apprentissages de base, l'amélioration de l'encadrement dans le maternel et dans les deux premières années du primaire, l'organisation d'un véritable tronc commun de la maternelle jusqu'à la fin du 1er degré secondaire, l'amélioration de la praticabilité, la compréhension et l'utilisation des socles de compétences, l'intensification des activités de lecture et d'écriture, la formation en cours de carrière, l'aide administrative aux directions d'écoles fondamentales et le programme de lutte contre les inégalités. Il a terminé en formulant l'espoir, qu'à travers le Contrat Stratégique pour l'Education, l'école retrouve sa mission première d'offrir à chaque enfant qui lui est confié, quelque soit son origine, les meilleures chances pour l'avenir.
Vous pouvez retrouver le texte complet du Contrat Stratégique pour l'Education sur le site http://www.contrateducation.be et l'intervention complète de Christian DEGLIM
Nous sommes au cur d'un débat sur l'éducation, un de plus alors que certains de nos objectifs d'hier n'ont pas encore tous trouvé solution.
Directeur depuis 20 ans d'une Ecole Communale fondamentale Rurale de 300 élèves, engagé dans la pédagogie active, je jette aujourd'hui un regard critique et de terrain sur la situation de notre enseignement et son dé tricotage à travers des décrets prometteurs dans les paroles mais peu porteurs vu le niveau de sous -financement de notre enseignement à tous les niveaux et dans tous les réseaux. Ce regard se veut également constructif.
Pouvons-nous affirmer aujourd'hui que ce chantier immense et généreux du Contrat Stratégique pour l'Education aura les moyens de sa politique ?
J'y crois car il est l'émanation de milliers d'enseignants du primaire, du secondaire et du spécialisé qui s'étaient prêtés à un véritable travail de réflexion.
La confiance des enseignants doit être restaurée et il s'agira de voir, si les demandes exprimées et prises en considération dans le Contrat Stratégique pour l'Education seront réellement mises en uvre car nous sommes toujours bien dans l'austérité ; les restrictions budgétaires des 20 dernières années n'ont pas été des mesures temporaires mais des mesures structurelles.
Je vais vous faire part de mes réflexions sur les axes autour desquels s'articulent les mesures envisagées.
Tout d'abord la stratégie de renforcement de la qualité et le recentrage de l'enseignement sur les apprentissages de base. Partisan de " l'école arrosoir " plutôt que de " l'école entonnoir ", l'idée de recentrage ne doit pas impliquer que les savoirs de base soient développés au détriment des savoirs de vie ; c'est une question de philosophie d'enseignement et donc un choix de société pour demain dans le respect du développement durable.
L'amélioration de l'encadrement dans le maternel et dans les deux premières années du primaire constitue un progrès. En maternelle, de nouvelles modalités de comptage permettront de répondre plus vite aux augmentations de population dans les écoles. C'est un retour à une situation qui n'aurait jamais dû disparaître. Le fameux "20 élèves par classe" en primaire devrait permettre une meilleure détection des difficultés d'apprentissage et accroître les actions de remédiation immédiate". Toujours dans ce chapitre, des mesures plus ciblées devraient profiter aux "écoles à forte densité d'enfants issus de milieux défavorisés" ainsi qu'aux écoles de petite taille ce qui devrait nous réjouir dans les écoles rurales. Pour l'avoir vu pratiquer à plusieurs reprises dans les pays nordiques, l'attribution d'un professeur assistant dans chaque classe est une des solutions à la remédiation immédiate ; l'observation, l'analyse et la verbalisation des erreurs peuvent se faire instantanément.
Le caractère ségrégatif de notre système d'enseignement est sans aucun doute la cause principale des terribles écarts de niveau observés dans les enquêtes internationales. L'organisation d'un véritable tronc commun de la maternelle jusqu'à la fin du 1er degré secondaire sera-t-il de nature à résoudre ce problème alors qu'il est établi que les pays scandinaves, qui maintiennent les élèves dans un tronc commun d'enseignement jusqu'à l'âge de 16 ans sont ceux qui obtiennent à la fois les meilleurs scores moyens dans les compétences de base et ceux qui présentent le moins de disparités entre élèves. Ne devrions nous pas nous inspirer de ces pratiques éprouvées ? D'autre part, le Contrat Stratégique pour l'Education devrait permettre, et je m'en réjouis, une harmonisation entre le primaire et le secondaire ; peut-être n'entendrons-nous plus les sempiternels " le primaire ne prépare pas au secondaire " ou " le secondaire n'est pas dans la continuité du primaire "
Je pousserai, sans doute comme la plupart de mes collègues, un ouf de soulagement lorsque l'on envisagera l'amélioration de la praticabilité, la compréhension et l'utilisation des socles de compétences ; j'adhère à l'intensification des activités de lecture et d'écriture mais il ne faudrait pas négliger le Parler - Ecouter ; enfin, je ne suis pas persuadé que la valorisation de supports didactiques performants ainsi que la réalisation d'une épreuve commune en lien avec l'octroi du Certificat d'études de base suffiront à lutter contre l'échec scolaire.
Recentrer la formation en cours de carrière sur les besoins majeurs est sans doute un objectif louable mais le Contrat Stratégique pour l'Education ne devrait-il pas aborder la question cruciale et essentielle de la formation initiale. Peut-on mener une réflexion sur l'ensemble du système éducatif sans se préoccuper de ceux qui donneront cours demain ?
Une mesure attendue est l'octroi d'une aide administrative aux directions d'écoles fondamentales en atteignant progressivement l'équivalent d'un emploi par 500 élèves. Cette mesure doit permettre à chaque direction d'être rendue à son rôle premier : le pilotage de l'unité de base du système, l'équipe pédagogique. La réalité des écoles rurales n'est pas oubliée puisque le Contrat prévoit d'apporter des périodes supplémentaires aux directions avec classe.
Quant au programme de lutte contre les inégalités, il est établi que l'organisation de notre système d'enseignement sur la base du " libre marché " constitue un élément de ségrégation sociale. Les objectifs fondamentaux de démocratisation de l'enseignement ne passent-ils pas par un débat sur l'utilité du maintien des différents réseaux ?
Je terminerai en formulant l'espoir, qu'à travers le Contrat Stratégique pour l'Education, l'école retrouve sa mission première d'offrir à chaque enfant qui nous est confié, quelque soit son origine, les meilleures chances pour l'avenir. |
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